Les utilisateurs de fauteuils roulants assistant à l'événement "Ces quatre murs".

L’histoire des personnes en situation de handicap.

Et elle continue d’être écrite.

Si les personnes en situation de handicap avaient toujours été traitées sur un pied d’égalité, on n’aurait pas besoin d’un site Web comme celui-ci.

Mais la vérité, c’est que l’histoire n’a pas été gentille avec nous.

On a été exclus des écoles. On nous a enfermés dans des institutions. On nous a dit qu’on ne pouvait pas avoir d’emploi, de relations ou de familles. Certains d’entre nous ont même été stérilisés (c’est-à-dire qu’on les a opérés pour les empêcher d’avoir des enfants) sans leur permission. Cette pratique était légale dans certaines régions du Canada jusque dans les années 1970.

Ces choses ne sont pas arrivées par erreur. Elles ont été faites exprès, par des gouvernements, par des systèmes et par des personnes qui pensaient qu’on n’était pas égaux.

C’est pourquoi cette partie de la formation est importante.

Elle nous aide à comprendre d’où on vient, le chemin qu’il nous reste à faire, et à nous assurer qu’on ne reviendra jamais en arrière.

Chronologie

La chronologie de ce module présente quelques moments importants de notre histoire. Elle ne raconte pas tout, mais elle nous donne une image. Vous remarquerez peut-être certaines tendances :

  • on nous sépare des autres
  • on nous dit ce qu’il faut faire ou ne pas faire
  • on n’a pas le contrôle de notre propre vie
  • on nous fait nous sentir petits, brisés ou invisibles

C’est ce qui est arrivé à beaucoup d’entre nous, et c’est encore le cas aujourd’hui. De ces expériences, beaucoup d’entre nous gardent la peur, la douleur ou la méfiance. Certains d’entre nous se battent encore pour se faire entendre.

C’est pourquoi c’est si important de connaître cette histoire, car ce n’est pas seulement le passé. Elle fait partie de notre identité.

1800

1876 – Ouverture de la première institution canadienne :

le gouvernement de l’Ontario ouvre l’« Orillia Asylum for Idiots », la toute première institution pour les personnes ayant une déficience intellectuelle, juste à côté du lac Simcoe.

1928 – Loi eugénique de l’Alberta 

la province de l’Alberta adopte une loi autorisant le gouvernement à stériliser les personnes ayant une déficience intellectuelle sans leur consentement. Plus de 2 800 personnes ont été stérilisées en vertu de cette loi. La stérilisation est une opération chirurgicale qui empêche une personne d’avoir des enfants.

1939-1945 – Les nazis et la Seconde Guerre mondiale :

pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement nazi en Allemagne a tué de nombreuses personnes en situation de handicap. Ils pensaient que les personnes en situation de handicap ne méritaient pas de vivre. Environ 250 000 enfants et adultes en situation de handicap ont été assassinés. Cette terrible période a permis au monde de comprendre à quel point c’est dangereux de ne pas traiter les gens sur un pied d’égalité ou de ne pas leur accorder de valeur.

1958 – Des parents forment une association nationale :

des familles de tout le Canada se réunissent pour former une organisation nationale (aujourd’hui connue sous le nom d’Inclusion Canada) pour appuyer les personnes ayant une déficience intellectuelle. Ce groupe vise à encourager l’inclusion et les droits de la personne des personnes ayant une déficience intellectuelle, plutôt que de les envoyer dans des institutions.

1966 – Droit à l’éducation au Manitoba :

au Manitoba, les enfants ayant une déficience intellectuelle obtiennent pour la première fois le droit d’aller à l’école publique. Avant ça, de nombreux enfants en situation de handicap n’étaient pas admis dans les écoles ordinaires. Ce changement veut dire que les élèves peuvent aller à l’école (même si c’est d’abord dans des classes spéciales) au lieu d’être complètement exclus.

Vers 1976 – Point culminant de la vie en institution : Au milieu des années 1970 :

le Canada a plus de 60 grandes institutions pour les personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale. L’Ontario gère 16 institutions avec plus de 8 000 personnes dedans. Dans tout le pays, des dizaines de milliers de personnes en situation de handicap vivent dans des institutions, souvent loin de leur famille et de leur communauté. Beaucoup de ces institutions étaient surpeuplées, sous-financées et avaient des règles strictes. Les personnes n’avaient que peu ou pas leur mot à dire dans leur vie quotidienne.

1973 – Des autoreprésentants exigent des droits :

 en 1973, des autoreprésentants de toute l’Amérique du Nord se réunissent pour parler de leurs droits et de la nécessité de vivre dans la communauté (pas dans des institutions). Cette réunion est à l’origine du mouvement d’autoreprésentation Personnes d’abord.

1974 – Premier groupe Personnes d’abord au Canada :

le premier mouvement d’autoreprésentation Personnes d’abord au Canada est créé en Colombie-Britannique. Il a été créé par des hommes et des femmes qui vivaient dans une institution et voulaient vivre dans la communauté et avoir le contrôle de leur propre vie.

1982 – Les droits à l’égalité sont inscrits dans la Charte :

le Canada adopte la Charte des droits et libertés, qui dit que les gouvernements doivent traiter tout le monde de manière égale. Pour la première fois, il est écrit dans la loi canadienne que les personnes en situation de handicap mental ou physique sont protégées en tant qu’égales (l’article 15 de la Charte, entré en vigueur en 1985, interdit la discrimination fondée sur le handicap).

1986 – Interdiction de la stérilisation forcée (la cause Eve) :

la Cour suprême du Canada rend une décision historique dans la cause Eve. Les juges déclarent qu’une personne ayant une déficience intellectuelle ne peut pas être stérilisée (empêchée d’avoir des enfants) sans son propre consentement, sauf en cas de nécessité médicale. Cette décision met fin à la pratique de la stérilisation des personnes en situation de handicap contre leur gré au Canada.

1991 – Fondation de Personnes d’abord du Canada :

Personnes d’abord du Canada est officiellement créé le 6 avril 1991 en tant qu’organisation nationale d’autoreprésentation dirigée par des personnes ayant une déficience intellectuelle. Ça a permis aux personnes ayant une déficience intellectuelle de s’exprimer d’une seule voix dans tout le pays pour défendre leurs droits et leur inclusion.

1996 – Nouvelle loi sur les droits au Manitoba :

le Manitoba adopte la Loi sur les personnes vulnérables ayant une déficience mentale (aujourd’hui appelée Loi sur les adultes ayant une déficience intellectuelle). Cette loi reconnaît le droit des personnes à faire leurs propres choix et part du principe qu’elles sont capables de prendre des décisions avec du soutien au besoin. Cette loi a été l’une des premières au Canada à mettre l’accent sur la prise de décision appuyée et les droits des adultes ayant une déficience intellectuelle.

1999 – Fermeture du Centre de Pelican Lake :

e gouvernement du Manitoba annonce la fermeture du Centre de Pelican Lake, une grande institution située à Ninette pour les adultes ayant une déficience intellectuelle. À la fin de l’année 2000, les résidents restants du Centre de Pelican Lake ont déménagé pour vivre dans des foyers communautaires. C’était un pas en avant dans le mouvement de désinstitutionnalisation (déplacement des personnes des institutions vers la communauté).

2009 – Fermeture d’institutions dans d’autres provinces :

en 2009, la plupart des provinces canadiennes ont fermé leurs grandes institutions pour les personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale. Par exemple, l’Ontario a fermé ses dernières institutions gérées par le gouvernement, marquant ainsi la fin d’une époque. Les soutiens à l’intégration communautaire deviennent la nouvelle norme dans tout le Canada (le Manitoba fait exception, car il a gardé son institution ouverte plus longtemps que les autres provinces).

2010 – Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées :

le Canada ratifie la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) en 2010, s’engageant à défendre l’égalité des droits et l’inclusion des personnes en situation de handicap. Ce traité international renforce le droit des personnes en situation de handicap à vivre dans la communauté, à faire leurs propres choix et à ne pas subir de discrimination.

2011 – Victoire pour les droits de la personne au Manitoba :

au Manitoba, une plainte relative aux droits de la personne a entraîné la libération d’une cinquantaine de personnes du Centre manitobain de développement (CMD), la plus grande institution de la province pour les personnes ayant une déficience intellectuelle. À la suite de cette affaire, ces personnes ont pu s’installer dans des logements communautaires. C’était une victoire importante pour les défenseurs de l’intégration communautaire.

2018-2023 – Recours collectif de Weremy :

  • Octobre 2018 : David Weremy (un survivant du CMD) dépose un recours collectif pour maltraitance dans l’institution.
  • Août 2023 : Le tribunal approuve un règlement de 17 millions de dollars, comprenant une indemnisation, des excuses publiques et un fonds de soutien.

2022 – Saint-Amant abandonne son rôle d’institution :

Saint-Amant, à Winnipeg, qui était autrefois une grande institution résidentielle pour les personnes ayant une déficience intellectuelle, est officiellement reclassé et n’est plus une institution en vertu de la loi manitobaine. Le gouvernement a supprimé la désignation de Saint-Amant comme « centre de développement » pour l’adapter à sa pratique actuelle de promotion de l’inclusion et des droits.

2024 – Le Manitoba ferme définitivement le Centre manitobain de développement :

le Centre manitobain de développement ferme définitivement ses portes le 31 mars 2024. Après presque 150 ans, le CMD est finalement fermé et tous les résidents déménagent dans des foyers communautaires. 

Et aujourd’hui?

On vient de jeter un regard sur une histoire longue et difficile. Mais cette histoire nous concerne encore aujourd’hui. Certaines choses ont changé, d’autres doivent encore changer.

Même si la plupart des institutions ont fermé leurs portes, les personnes en situation de handicap continuent de faire face à des obstacles tous les jours. On a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que le Canada soit pleinement inclusif.

Pensons à quelques faits :

  • En 2022, environ 27 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus (environ 8 millions de personnes) ont au moins un handicap, et beaucoup font tous les jours face à des obstacles en matière de logement, de revenus et de soins de santé.
  • Environ 1,5 million de personnes en situation de handicap vivent dans la pauvreté, dont beaucoup avec des revenus très faibles, inférieurs à la moitié du seuil de pauvreté.
  • Les Canadiens en situation de handicap (en particulier les Autochtones) sont confrontés à un taux de chômage plus élevé, à des logements dangereux ou trop chers, et à moins de services accessibles.
  • Le gouvernement met au point la Prestation canadienne pour les personnes handicapées et un Plan d’action pour l’inclusion des personnes en situation de handicap, en collaboration avec les personnes en situation de handicap et les autoreprésentants, afin d’améliorer les aides au revenu et l’accès aux services.
  • Le Manitoba a publié son plan d’accessibilité pour 2025-2026, qui liste 43 mesures ayant pour objectif de supprimer les obstacles auxquels font face les personnes en situation de handicap. En 2024, près de 500 personnes âgées de moins de 65 ans vivaient dans des foyers de soins personnels parce qu’il n’y avait pas assez de services communautaires pour répondre à leurs besoins.
Un Centre de développement du Manitoba (CDM) à Portage la Prairie qui a été fermé en décembre 2024.

Les institutions d’hier et d’aujourd’hui

Lorsque la plupart des gens pensent aux institutions, ils imaginent de grands bâtiments aux portes verrouillées. Des lieux où les personnes en situation de handicap sont envoyées, loin de leur famille et de leur communauté.

Mais les institutions ne sont pas seulement des bâtiments.

Ce sont aussi des manières de penser.
Ce sont des systèmes qui privent les personnes de leur liberté, de leur voix et de leur choix.

Personnes d’abord du Canada et Inclusion Canada l’ont dit clairement :

« Une institution est un établissement dans lequel les personnes étiquetées de déficientes intellectuelles sont isolées, marginalisées ou rassemblées. Une institution est un établissement dans lequel les résidents n’ont pas le contrôle de leur vie ni celui des décisions quotidiennes et ne sont pas autorisés à l’exercer. Une institution est rarement délimitée par ses dimensions. »

Donc, même si vous ne vivez pas dans une grande institution, il est toujours possible dêtre institutionnalisé. Pensons à quelques questions :

  • Est-ce que vous pouvez faire vos propres choix chaque jour, par exemple quand manger, comment vous habiller et où aller?
  • Est-ce que vous vivez avec les personnes de votre choix?
  • Est-ce que vous pouvez avoir de l’intimité quand vous le voulez?
  • Est-ce que vous avez un vrai contrôle de votre argent?
  • Est-ce qu’on vous laisse parfois à l’écart des décisions qui affectent votre propre vie?
  • Est-ce que vous décidez vous-même de votre emploi du temps – ou est-ce que c’est un employé qui décide?

Si vous avez répondu « non » à certaines de ces questions, vous n’êtes pas seul.

Beaucoup de personnes en situation de handicap vivent encore dans des systèmes qui leur enlèvent tout contrôle, même si ces systèmes ne s’appellent pas des institutions.

Vous entendrez peut-être des gens dire : « Les bâtiments ont disparu, mais les murs sont toujours là. » Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que même si les grandes institutions ont fermé, certains des mêmes problèmes existent encore. On continue à dire aux gens ce qu’ils doivent faire. Les gens n’ont pas toujours la possibilité de faire leurs propres choix. Les murs ne sont peut-être plus en briques, mais les règles, les limites et le contrôle peuvent toujours être présents sous d’autres formes.

Cette partie de la formation est l’occasion de remarquer ces tendances – et de les dénoncer.

Parce qu’une véritable inclusion, ça veut dire avoir un réel pouvoir dans sa propre vie. Vous vous souvenez? Être au volant de sa propre vie.

Un livre

Ces outils et liens peuvent vous aider à continuer à en apprendre plus sur vos droits et responsabilités. Ils sont faits pour les personnes en situation de handicap et les personnes qui les appuient.

Une chaîne de trombones
Gros plan sur Shawna, une membre du comité, qui fait de la poterie avec de la colle.

Un message de Shawna…

Je m’appelle Shawna, et avant je m’appelais Sean. J’ai été au Centre manitobain de développement (CMD) de 1992 à 1998, et mon expérience n’a pas été positive.

Depuis que j’ai quitté le CMD, ma vie s’est beaucoup améliorée. J’ai pu devenir une personne indépendante et prendre mes propres décisions. Au cours des trois dernières années, j’ai pu vivre seule, avec l’aide des services d’aide à la vie indépendante.

Récemment, j’ai commencé mon parcours de transition vers la femme que je suis vraiment. Bien que j’aie reçu beaucoup d’amour et de soutien de la part de ma famille et de mon réseau de soutien, j’ai aussi fait face à la critique et au jugement des autres au quotidien.

Pourtant, je reste positive, patiente et compréhensive. J’ai dû répondre à beaucoup de questions difficiles sur ma transition, et j’explique toujours que c’est qui je suis vraiment, et que c’est ce qui me rend heureuse.

Je sais que le chemin à parcourir ne sera pas facile, mais je n’ai aucun doute sur le fait que je deviens la personne que j’ai toujours voulu être.

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Une chaîne de trombones

C’est le moment de regarder un film!

Pour comprendre pourquoi la sécurité et les droits sont si importants aujourd’hui, on doit se pencher sur le passé.

Beaucoup d’entre nous ont été forcés de vivre dans des institutions, où ils ont été isolés, ignorés et blessés. Entre ces quatre murs raconte certaines de ces histoires. C’est un documentaire réalisé avec des survivants du Centre manitobain de développement.

Il présente des histoires vraies de personnes ayant vécu dans des institutions – ce qu’elles ont vécu, ce qu’elles ont ressenti et comment elles ont trouvé la force de s’exprimer.

Ce film nous aide à comprendre pourquoi les droits sont importants, et pourquoi on ne doit jamais revenir en arrière.

C’est un film émouvant et puissant. Vous voudrez peut-être le regarder avec quelqu’un en qui vous avez confiance, ou faire des pauses si vous en avez besoin.

Un livre

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Une chaîne de trombones
Cette image montre des gens assistant à un événement public.

Réflexions Finales

On a parlé de beaucoup de choses dans ce module. On a exploré l’histoire des institutions et de la ségrégation, et on a entendu les récits de personnes qui se sont battues, ont pris la parole et ont aidé à changer les choses.

Cette histoire est importante pour nous. Elle explique pourquoi tant de personnes en situation de handicap font encore aujourd’hui face à des obstacles – dans les domaines du logement, de l’école, du travail et même dans les choix de la vie quotidienne.

Si les personnes en situation de handicap avaient toujours été traitées sur un pied d’égalité, on n’aurait pas besoin de se battre comme ça maintenant. Mais la vérité est qu’on a été laissés de côté, contrôlés et blessés par des systèmes qui n’étaient pas faits pour nous.

Même si certaines choses ont changé, il reste encore beaucoup de chemin à faire. Certaines de ces vieilles idées n’ont pas disparu. Elles se manifestent simplement sous de nouvelles formes.

C’est pourquoi ce module est si important. Quand on comprend ce qui s’est passé avant nous, on peut commencer à remarquer quand les choses ne sont pas justes aujourd’hui. Et on peut faire quelque chose.

Vous avez le droit d’être inclus, d’être respecté et de vivre une vie qui est vraiment la vôtre. Vous avez le droit de vous exprimer quand quelque chose ne va pas.

On n’a pas fini d’écrire cette histoire. On continue d’aller de l’avant, ensemble.

Faisons en sorte que l’avenir soit différent du passé.

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